Notre Raisin d’Etre

Lorsqu’on a la chance de s’occuper de cépages les plus  aromatiques du monde (Chardonnay et Pinot Noir)                                                                                                        sur un terroir qui leur convient parfaitement (ils sont originaires de la Bourgogne) .                                                                                                                                                 dans une région avec un climat adapté - froid l'hiver, de la pluie au printemps, du soleil l'été et un automne sec et beau,                                                                                 je trouve qu'ils n'ont pas besoin d'être 'faits'.  Comme les enfants il faut les laisser développer tout leur potentiel tout en encadrant et surveillant leur progrès.                 Mais tout comme les enfants ils ne suivent pas toujours le chemin qu'on a imaginé!

Avec l'aide des levures naturellement présentes sur les peaux des raisins, la transformation du sucre du raisin en alcool est un processus qui se fait tout seul.  Alors si on a pu récolter des beaux raisins, sains et sucrés à souhait, nous ne devrions pas avoir à intervenir.

Et c'est ça que j'espère obtenir tous les ans. 

Il y a une vingtaine d'années mon mari m'a encouragé à me former à Beaune afin de trouver des réponses à mes incessantes questions sur le pourquoi et le comment. Comme pour Obelix et la Magique Potion il était tombé dedans lorsqu'il était petit.     Pour lui c'était évident, il faut sentir pour savoir, disait-il.  Parce qu'on a toujours fait comme ça.  Il lui suffisait de déguster pour savoir qu'il fallait soutirer, mettre en bouteille et trouver que le vin était bon.   Pour moi, née dans les brumes écossaises et plus familier avec le vin de fleurs de sureau fait par ma mère ou un jus de raisin pétillant, il me fallait des explications plus terre à terre.  Et en formation viticole à Beaune j'en ai trouvé.  Plus qu'il ne m'en fallait.  

A la fin d'une année intensive notre classe discutait de la récolte à venir avec nos professeurs d'oenologie.    Très motivés, nous leur demandions:                                       "Alors quelles consignes devrions-nous noter pour bien gérer cette vendange? quelles formules nous seront utiles, comment devrions-nous procéder?"                        "Ah,"nous répondait-il, "on ne peut pas dire comme ça.  Il faut avoir le 'feeling'".

Cette réponse n'a rien enlevé à mon enthousiasme.  En rentrant au domaine j'ai croisé un voisin, Henri Pillot et je lui racontais ma joie à enfin avoir tout compris.     "Ah ma pauvre dame,"  m'a-t-il dit, "vous voyez, moi j'ai 90 ans.  Je fais les vendanges depuis que j'en ai 9.   Eh bien, il n'y a pas une année pareille -j'en apprends tous les ans!"

Il avait raison.  Et c'est une des raisons qui rend les vins de Bourgogne si fascinants - comment sera-t-il cette année?  Et on les découvre et on les déguste avec grand intérêt, un peu comme on découvre des goûts différents dans une boîte de chocolats.

   

      .